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Ethique: les valeurs importantes dans l’entreprise
“L’homme
et l’entreprise doivent
avoir les mêmes valeurs”
La
carrière de Viviane Harnois
est essentiellement internationale.
Directrice des Ressources
Humaines d’ABN AMRO Luxembourg
depuis 3 ans, elle a acquis
une expérience de plus
de 25 ans dans cette fonction.
L’éthique, le respect
des personnes et la culture
d’entreprise font partie
des thèmes qui l’intéressent
plus particulièrement.
Le
Jeudi: Comment définiriez-vous les notions d’éthique et de valeurs dans l’entreprise ?
Viviane
Harnois: Il en est pour l’entreprise comme pour l’individu. Chaque personne a au fond de lui un système de valeurs personnelles influencées par son milieu, son éducation, son expérience. Toute entreprise a aussi un système de valeurs qui lui est propre, qu’il soit clairement revendiqué ou non. Certaines entreprises n’ont pas besoin de mettre sur papier ce système de valeurs car il se retrouve implicitement dans les comportements. Par exemple, une valeur profondément ancrée dans la culture de l’entreprise 3M est la créativité. Tout sera mis en place pour favoriser l’initiative, que celle-ci soit couronnée de succès ou non. Les individus ne seront pas jugés uniquement au résultat mais aussi sur leur capacité à produire des idées.
Le Jeudi: Certaines entreprises ont mis en place une charte de déontologie. Pourquoi ?
Viviane Harnois: Cela correspond à la philosophie de l’entreprise, à la façon dont elle envisage son travail et aux valeurs auxquelles elle aspire. Cette charte permet de donner une direction dans laquelle chaque individu va orienter sa mission. Cela va lui donner des repères forts et garantir une certaine cohésion à l’ensemble des actions menées dans l’entreprise.
Le Jeudi: Cela correspond-il a une prise de conscience des entreprises sous la pression des consommateurs et du marché ?
Viviane Harnois: Oui, certainement. Le public demande aujourd’hui à l’entreprise d’adopter un comportement responsable, d’avoir des garanties sur la manière dont les produits ou services sont effectués. Il y a eu un grand dérapage qui a commencé dans les années 80 surtout aux Etats-Unis. C’était le capitalisme à tout va, la “me me generation” (la génération du moi moi) axée sur les valeurs individualistes et matérialistes. Aujourd’hui, les jeunes notamment rejettent de plus en plus ce système et privilégient la qualité de vie, le travail avec moins de stress, les produits “éthiques”. Les entreprises devront s’adapter à cette tendance de fond si elles veulent progresser.
Le Jeudi: Pourtant, les valeurs ne se décrètent pas. Comment les faire vivre dans l’entreprise ?
Viviane Harnois: Pour certaines entreprises, un code de conduite ou une charte d’éthique ne sont que des outils marketing et l’on verra apparaître tôt ou tard un décalage entre le discours de l’entreprise et sa réalité quotidienne. Cette attitude est extrêmement dangereuse car l’entreprise va susciter des attentes qui seront déçues. Les employés décodent très vite les contradictions. Ils adapteront leur comportement aux valeurs réelles de l’entreprise et non aux valeurs affichées pour la circonstance par la Direction. Si les valeurs viennent d’en haut, il faut les transmettre et les faire vivre. C’est le rôle de tout le management et du Directeur des Ressources Humaines. Il s’agit de montrer l’exemple et de former les personnes à l’esprit de ces valeurs. De les inscrire dans le quotidien, de les appliquer aux petites choses plutôt que de faire de temps en temps un grand événement où l’on agite de grands principes aussi vite oubliés.
Le Jeudi: Comment mettre en adéquation les valeurs personnelles et les valeurs de l’entreprise ?
Viviane Harnois: Cette adéquation est vitale, autant du côté de l’entreprise que du côté des individus qui la composent. Comment, en effet, réaliser un travail s’il va à l’encontre de son éthique personnelle ou de ses aspirations les plus profondes ? L’employé et l’employeur doivent rechercher un partenaire qui a les mêmes valeurs profondes. Il est donc primordial pour l’entreprise de recruter des personnes qui vont s’identifier à ses propres valeurs. Car s’il est relativement facile de former une personne au volet technique de son travail, il est impossible de changer ses valeurs, sa manière d’envisager la vie. Ensuite, il est important d’analyser régulièrement l’adéquation du comportement de l’employé avec les valeurs véhiculées par l’entreprise: cela se fait généralement au cours de l’entretien annuel d’évaluation. Dans notre banque par exemple, nos valeurs sont l’intégrité, le respect des personnes, le travail en équipe et le professionnalisme. Ces notions sont inscrites dans l’entretien d’évaluation, quelque soit le niveau hiérarchique de l’employé.
Le Jeudi: Dans votre banque, le système de valeurs est-il bien accepté par les individus ?
Viviane Harnois: Chaque individu a sa culture implicite. Nous souhaitons tous rester nous-mêmes, mais voulons tous quelque part appartenir au groupe. L’entreprise doit donner aux gens un cadre de référence qui permet à tous de vivre ensemble et de travailler ensemble. Pour vous citer un exemple: certaines personnes reçoivent chaque année des cadeaux de valeur de la part des clients. Nous avons décidé d’un commun accord que ces cadeaux seraient mis dans une tombola et les fonds récoltés envoyés à une oeuvre de charité. Cela a permis de motiver l’équipe et évité d’éventuelles frustrations de la part de ceux qui n’ont pas de contacts avec la clientèle. L’important, c’est le dialogue et la cohérence entre ce qui est dit et ce qui est fait.
Le Jeudi: Dans un climat de plus en plus concurrentiel et focalisé sur la création de valeur pour l’actionnaire, quelle est la place de l’éthique et des valeurs ?
Viviane Harnois: Nous vivons dans un monde de contradictions. Les actionnaires, c’est vous, c’est moi, c’est nous tous en fait. Nous exigeons d’un côté un profit maximum et de l’autre, nous avons de grands principes. Nous sommes coincés dans ce système par la force des choses mais comment en sortir sans grands bouleversements ? Je suis plutôt optimiste quand j’observe les jeunes. Il me semble qu’ils privilégient les valeurs de solidarité et de responsabilité. Il s’agit maintenant d’atteindre la “masse critique” qui fera pencher la balance dans le sens de l’éthique. Mais je n’ai pas de solution, si ce n’est dans mon travail personnel qui est d’être en quelque sorte la conscience des gens en leur posant les questions sans jouer pour autant le rôle de gendarme. C’est là une mission importante pour le DRH: participer à asseoir profondément les valeurs au sein du groupe.
Le Jeudi: L’emploi à vie, c’est terminé. Comment dès lors développer le sentiment d’appartenance et d’identification du personnel aux valeurs de l’entreprise ?
Viviane Harnois: Il est vrai que l’entreprise ne peut plus garantir à ses employés une carrière à vie. Chaque individu doit donc avoir l’opportunité d’améliorer ses compétences pour pouvoir accéder à une nouvelle fonction ou proposer ses services sur le marché du travail. Si l’entreprise prône le respect des individus en tant que valeur profonde (ce qui est le cas de notre banque), elle doit donc assumer son rôle et donner aux individus la chance de rester “employable”. C’est un effort commun, un terrain d’entente à trouver. Si le message est correctement véhiculé et traduit dans les faits, l’employé pourra s’identifier aux valeurs de l’entreprise, même s’il sait qu’il n’y passera pas le restant de ses jours.
Françoise Lavabre-Bertrand |
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