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Nouvelles formes de travail et d’organisation Le télétravail change la manière de communiquer dans l’entreprise En 1990, le télétravail était une façon bien particulière de travailler réservée à une élite technologique. Grâce au développement fulgurant des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), il s’est depuis transformé en une forme d’organisation qui tend à se banaliser dans certains pays d’Europe comme les Pays-Bas ou le Danemark. Selon un rapport édité par la Commission européenne*, il y avait 9 millions de télétravailleurs en Europe en 1999 alors qu’ils n’étaient que 1,5 million en 1997. De quoi révolutionner les relations entre l’entreprise et ses salariés. Mais qu’entend-on
exactement par « télétravail » ? Il est en effet important de ne
pas confondre télétravail et téléactivité. Le télétravail est une activité
salariale qui fait l’objet d’un contrat entre employeur et employé. Ce travail
peut être exécuté en permanence ou occasionnellement à domicile ou dans des bureaux
satellites ou encore dans un télécentre (bureaux bénéficiant des innovations
technologiques les plus récentes, gérés par un opérateur externe et mis à la
disposition des télétravailleurs). La téléactivité, quant à elle, peut
regrouper également des activités de téléservices où il n’existe pas de lien de
subordination entre le donneur d’ordre et l’exécutant mais une relation de type
client-fournisseur (formation, télésecrétariat, édition…). On peut noter que la
forme de télétravail qui se développe le plus actuellement est le télétravail
mobile : le télétravailleur dispose de moyens techniques lui permettant de
travailler de façon mobile par exemple chez un client ou un autre partenaire
commercial. A en croire les statistiques et les experts, le télétravail est
amené à jouer un rôle de plus en plus important dans les formes d’organisation
car il apporte la flexibilité aux individus et aux entreprises. A l’avenir,
pour de nombreux travailleurs, la méthode de travail la plus flexible peut
impliquer un équilibre entre le travail à domicile, le travail au bureau et le
travail à l’extérieur (chez le client, les fournisseurs et les autres
partenaires). Stress et disponibilité Il est évident que
ces nouvelles formes de travail bouleversent l’organisation mais aussi la vie
et la culture des entreprises. L’enjeu au niveau de la gestion des ressources
humaines est capital car le télétravail, s’il présente de multiples avantages
réciproques, représente cependant des dangers bien réels : au niveau de
l’individu, au niveau du travail en équipe et au niveau de l’entreprise
elle-même. Au niveau individuel tout d’abord, il y a un énorme risque
d’isolement social, de déconnexion par rapport à l’entreprise, de démotivation,
de perte de statut. Au niveau de l’équipe ensuite, le télétravail peut
impliquer un manque de cohésion, de collaboration et une mauvaise communication
mais aussi mener à une qualité de travail inégale et une organisation
chaotique. Au niveau de l’entreprise enfin, on peut assister à une perte de
culture et d’identité collective, un turnover accru, un mauvais climat et une
entreprise à deux vitesses partagée entre les permanents et les autres. Sans
compter la difficulté pour l’entreprise de contrôler le travail. Le télétravail
change la manière d’apprécier le travail et de responsabiliser le
salarié : il va travailler pour réaliser une mission. Peu importe le temps
qu’il va prendre pour cela car seule la qualité du résultat va compter. Il y a
donc un certain risque de dérive dans ce mode d’organisation du travail. Selon
Alain Stern, journaliste et co-organisateur du congrès « Emplois nouveaux
dans la société de l’information » qui a eu lieu à Luxembourg les 20 et 21
mars derniers, il y là un danger réel pour la santé et l’équilibre des télétravailleurs
car le niveau de stress auquel ils sont confrontés risque d’augmenter
considérablement. En effet, la pression de la charge de travail, l’isolement et
la nécessité d’être toujours à la pointe de la technique sont de plus en plus
lourds à gérer. Dans certains cas où la réactivité est primordiale, la
disponibilité devient totale, 24h/24. Alain Stern souligne donc l’importance de
se doter d’une législation européenne très précise pour protéger les formes de
travail à risque, même si celles-ci sont très avantageuses sur le plan de la
rémunération. Il faut d’ailleurs également se pencher sur de nouvelles formes
de rétribution et, de manière plus large, de nouvelles formes de management. Communication
et éthique Comment
l’entreprise peut-elle, dans le contexte actuel qui fait coexister en son sein
différentes formes de travail (télétravail mais aussi intérim, outsourcing,
travail en réseau avec les fournisseurs etc…), développer le sentiment
d’appartenance, la communication interne, la loyauté des personnes qui travaillent
pour elle et les fidéliser ? Pour cela, elle doit remettre en cause les
méthodes traditionnelles de communication et faire appel à des procédures
créatives et innovantes. Par exemple, développer un Intranet est déjà un pas
extrêmement important en la matière. Où qu’il soit, le télétravailleur peut
ainsi se connecter à tout moment et être informé de ce qui se passe dans
l’entreprise, communiquer avec ses collègues, rechercher des données. Il peut
aussi rendre compte de son activité et donner un feed-back enrichissant. Il est
cependant capital d’organiser de manière systématique des rencontres fréquentes
avec l’équipe, ainsi que des événements auxquels tous les acteurs de
l’entreprise sont conviés. La formation est également un moyen très précieux de
motiver au niveau individuel et en équipe. Mais le plus important sans doute
pour développer le télétravail de manière harmonieuse au sein de l’organisation
est d’établir une « charte » qui va fixer les règles et les
engagements de l’entreprise et des salariés vis-à-vis du télétravail. Chacun
doit savoir à quoi s’en tenir, l’entreprise doit s’engager à mettre en oeuvre
de manière précise des moyens pour inclure, motiver, accompagner et former les
télétravailleurs. Elle doit développer une véritable éthique autour de la
question. Car le télétravail, s’il est bien conçu et encadré, peut être une
façon très épanouissante de mener et de gérer sa vie professionnelle. Françoise
LAVABRE-BERTRAND * Rapport sur le
Télétravail Européen, nouvelle méthodes de travail 1999. |
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