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Nouvelles technologies de l’information Comment
travaillera-t-on demain dans l’entreprise ? La
société industrielle a laissé la place à la société de l’information. Cette
révolution bouleverse la gestion des organisations et des ressources humaines
et va modifier le lien qui existe entre l’entreprise et son salarié ainsi que
l’approche du salarié vis-à-vis de sa propre évolution. L’entreprise en réseau est en train de naître et avec elle, une nouvelle manière de manager les hommes. La gestion de l’information et le partage de la connaissance sont devenus des passages obligés vers l’évolution. Les modèles de gestion des entreprises remontent à la révolution industrielle. Cette époque est révolue et nous passons de l’ère postindustrielle à l’ère de l’information. La différence fondamentale entre ces deux périodes réside dans notre conception des ressources de l’entreprise. Depuis la révolution industrielle, on dénombrait quatre ressources : les hommes, les machines, les matériaux et l’argent. Il faut désormais en ajouter une cinquième : l’information. Tout dirigeant doit gérer cette ressource comme un actif, mis à profit pour le développement de l’entreprise, mais aussi pour la gestion de son organisation. En bref, toute activité devient une activité d’information et tout dirigeant un directeur de l’information. Une révolution culturelle Le monde de l’entreprise doit passer d’une vision de l’information comme source de pouvoir individuel à celle de bien collectif. C’est d’un changement d’éthique dont il s’agit, d’une véritable révolution culturelle. D’autant plus que l’entreprise doit transformer sa réalité en concept “d’entreprise étendue”, c’est à dire l’entreprise en réseau qui s’ouvre à ses partenaires, ses clients, ses fournisseurs. La direction des ressources humaines a un rôle important à jouer en interne pour impulser une culture d’entreprise où il sera facile et acceptable de partager l’information et où les réunions de travail, comme les orientations générales de l’entreprise seront centrées sur la valorisation de cette information. Le principal support d’information dans les entreprises a été jusqu’ici le papier. Or, dans certains cas, cette information se révèle être obsolète avant que tous les destinataires ne l’aient reçue. Les nouvelles technologies vont permettre de faire circuler plus vite cette information, tout en faisant de substantielles économies. Elles vont aussi donner au salarié l’opportunité de consulter cette information de la manière qui lui convient le mieux, selon le parcours qu’il décidera, au moment où il le souhaitera. Et, dans beaucoup de cas, il pourra même intervenir dans la construction ou la mise à jour de cette information. D’autre part, il aura la possibilité technique de travailler en groupe, en évitant les désagréments jusqu’ici liés à cette forme de travail: réunions incessantes, déplacements inutiles, correspondants injoignables, labyrinthes organisationnels… Ainsi va pouvoir se développer un véritable esprit de coopération, tout en favorisant la prise d’initiative individuelle et un processus d’appropriation de l’information réellement personnalisé. L’expansion d’Internet ouvre des perspectives radicalement nouvelles, plus encore qu’en leur temps l’électricité et le téléphone, car il permet l’émergence d’un monde où les frontières du temps et de l’espace s’estompent. Davantage utilisé ces dernières années par les entreprises comme une opportunité de se présenter au monde extérieur en créant leur propre site ou comme outil de courrier électronique, le réseau des réseaux est maintenant perçu comme un formidable outil d’échange et d’information, un lieu de dialogue, d’interactivité, de créativité et de valeur ajoutée. Internet, mais aussi Intranet (réseau interne de l’entreprise), le groupware (logiciel de travail en groupe), visioconférence et CD Rom vont peu à peu révolutionner les habitudes d’information. et de communication dans les entreprises. une nouvelle
façon d’apprendre L’utilisation des nouvelles technologies dans la formation continue (technologies que l’on appelle désormais NTE: nouvelles technologies de l’enseignement) change la façon d’apprendre, car elle permet de travailler ensemble et de capitaliser les idées et leur développement à plusieurs, sans obliger les participants à se réunir physiquement dans un même lieu. Elle change aussi le rôle de l’enseignant : de maître à penser qui détient et transmet le savoir, il se transforme en une sorte de tuteur, donnant des conseils et favorisant l’autonomie et la prise d’initiative. Grâce à la transmission du savoir à distance, les collaborateurs de l’entreprise peuvent intervenir régulièrement dans le champ de la formation selon leurs compétences et avec une démarche proche du compagnonnage. La formation est à la carte, extrêmement flexible car susceptible d’être personnalisée, selon les horaires de chacun, progressive et facilement adaptable aux besoins de l’entreprise. Le concept “d’entreprise apprenante” peut ainsi prendre tout son sens. Les nouvelles technologies vont permettre aux Directions des Ressources Humaines de faire passer aux salariés le message de la compétence. Les dispositifs mis au point ces dernières années pour opérer la gestion des compétences dans certaines entreprises étaient lourds et difficilement communicables, donc peu aptes à recueillir l’adhésion des salariés. Les nouvelles technologies vont donc apporter l’élément essentiel qui faisait défaut à ces outils: l’interactivité. Pouvoir visualiser son portefeuille de compétences, le faire évoluer en temps réel, le construire, le modifier, consulter les différents référentiels et les profils de poste de manière simple, rapide et conviviale, voilà ce qui va faciliter le processus d’appropriation de ce formidable outil de prise en charge de son développement personnel et de sa carrière. Ceci va également avoir un grand impact sur la mobilité puisque ces outils vont développer la prise d’initiative sur sa propre évolution, encourager la volonté de se former pour évoluer, la communication et le partage d’expériences avec des salariés d’autres sites, d’autres pays. Conséquences
inéluctables ? L’entreprise deviendra un réseau de plus en plus ouvert sur l’extérieur. Ce réseau va impliquer fournisseurs, partenaires, clients, filiales, sociétés du groupe, collaborateurs physiquement absents. Par l’amélioration de la communication entre partenaires géographiquement éloignés et intervenant à des moments différents, il sera donc possible d’augmenter l’efficacité collective au travail. Les relations seront de moins en moins physiques pour devenir de plus en plus “virtuelles” et donc déshumanisées. Les outils techniques vont progressivement être dotés d’une réelle intelligence propre qui vont leur permettre d’effectuer certaines tâches aujourd’hui réalisées par l’homme. L’ordinateur va devenir un partenaire à part entière dans la réalisation de certains travaux : il pourra réfléchir, analyser, choisir et donc prendre des décisions (par exemple effectuer une première sélection de candidats sur base “d’interviews” réalisées par ordinateurs interposés). L’information sera, elle aussi, moins physique et plus personnalisée en fonction des besoins de celui qui la recevra. Les supports seront constitués à la carte selon la demande du destinataire qui composera lui-même son menu (il se constituera par exemple son propre magazine avec les articles qui l’intéressent). Le salarié sera un client potentiel de cette information qu’il faudra exactement adapter à ses besoins et ses attentes car il aura la possibilité de la boycotter entièrement ou en partie. L’information ne sera plus élaborée par un émetteur isolé mais construite collectivement par une multitude d’intervenants. Elle sera également de plus en plus changeante. Les sources d’information existeront seulement à un moment donné et ne seront plus matérialisées (le support papier disparaissant progressivement de la réalité quotidienne, la notion d’intemporalité de la source d’information va se modifier). La notion de compétence individuelle va de plus en plus glisser vers celle de compétence collective et devra sans doute être traitée différemment: la compétence individuelle ne pourra exister en tant que telle. Le “savoir-être ensemble” prendra le pas sur le savoir-faire individuel, à l’instar de ce qui se passe déjà dans les grandes entreprise américaines où les référentiels portent principalement sur des données comportementales. L’auto-évaluation, et par là même l’auto-formation, devrait logiquement devenir la règle: évolution personnelle et remise en cause continuelles, certes accompagnées par l’entreprise mais ne dépendant que de la volonté et la proaction de l’individu. Mais jusqu’où peut-on aller sans créer un climat d’insécurité permanent, une mobilité excessive, une obsolescence trop rapide de l’information, un monde où la relation est complètement déshumanisée, où la culture devient uniforme? L’entreprise peut-elle réfléchir aux moyens d’infléchir ces tendances au sein de son organisation ou sera-t-elle poussée à les subir par un environnement concurrentiel de plus en plus large et pressant ? Françoise LAVABRE-BERTRAND |
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