|
|||||
|
Entreprise
et société
Quelle responsabilité sociale pour les entreprises ? La
responsabilité sociale des entreprises est le sujet d’un livre vert de la
Commission européenne sorti au mois de juillet. En septembre, le Danemark a
présenté aux pays européens ayant marqué un intérêt le détail de sa politique
visant à accroître la responsabilité sociale des entreprises. Les 27 et 28
novembre aura lieu à Bruxelles une conférence gouvernementale sur ce thème
organisée par la présidence belge de la commission européenne. Au Royaume-Uni,
un ministre de la responsabilité sociale des entreprises a été nommé en mars
2000. Où en sommes-nous au Luxembourg ? Qu’est-ce
que « la responsabilité sociale des entreprises » ? Il n’en
existe pas de définition communément acceptée mais, pour ma part, je pense que
la responsabilité sociale est un enjeu qui touche toutes les pratiques et
domaines de l’entreprise : ressources humaines, production, marketing,
achats, communication. Elle revient à définir le rôle de l’entreprise dans la
société et les devoirs et obligations qui en résultent. Au-delà de ses
partenaires commerciaux, la responsabilité sociale s’étend donc aux communautés
dans lesquelles l’entreprise est implantée. Fait
relativement nouveau, on note l’apparition d’indicateurs susceptibles de
chiffrer la bonne ou la mauvaise conduite des entreprises en matière sociale ou
environnementale. Ainsi, Anna Diamantopoulou, commissaire européenne à l’emploi
et aux affaires sociales, a annoncé que la Commission va établir un
« rating social » des entreprises européennes. Elle déclare "De
plus en plus d'entreprises prennent conscience du lien existant entre
rentabilité et meilleures pratiques éthiques et environnementales. Les
entreprises « consciencieuses » non seulement attirent et conservent
les meilleurs travailleurs, mais peuvent également rester à la pointe du
progrès technologique, ce qui est vital pour garder cet avantage concurrentiel
capital ". Le Dow Jones a créé depuis 1999 des «sustainability
indexes », indicateurs de développement durable qui ont introduit la
notion de « socialement correct » dans l’économie boursière. Le
développement des fonds éthiques aux Etats-Unis et leurs bons résultats
illustrent également cette tendance et montrent qu’il n’y a pas de contradiction
entre le « socialement correct » et la recherche de profit. On a
aussi démontré que les entreprises qui licencient à tout-va pour réduire les
coûts enregistrent une progression plus faible des cours de Bourse que les
autres entreprises. L’économiste Amartya Sen, prix Nobel d’économie en 1999,
défend quant à lui le principe selon lequel la vertu renforce l’économie :
la loyauté, la confiance jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement de
l’économie de marché puisqu’elles permettent la multiplication des échanges
sécurisés par une déontologie commune. La notion
de responsabilité sociale ne semble pas encore exister au Luxembourg. Sa forme
la plus répandue est la philanthropie, le mécénat ou le sponsoring. Mais, au
Danemark par exemple, le sujet est devenu important depuis le milieu des années
90. Le gouvernement danois a en effet décidé de mettre en place une politique
pour changer les mentalités et influencer les entreprises dans la conception de
leur responsabilité sociale. Toute cette politique se veut l’inverse d’une
politique coercitive. Elle n’oblige pas : elle est basée essentiellement
sur la bonne volonté car elle part du principe que toute obligation, tout quota
entraîne l’envie de le contourner et de trouver les moyens de l’éviter. Cette
politique vise à valoriser les initiatives et comportements socialement
responsables en les mettant en avant et en les diffusant auprès des autres
entreprises. Elle se base donc sur l’idée du « modèle » et s’appuie
sur trois piliers : une large campagne de sensibilisation, des mesures
incitatives et économiquement avantageuses ainsi que la mise en place de
réseaux et d’organismes pour diffuser et coordonner la politique sociale Que
pourrait apporter cette politique ? Il faut
malheureusement le reconnaître, il n’y a guère d’entreprises socialement
« charismatiques » au Luxembourg, capables de sensibiliser et
d’entraîner les autres. Trop souvent encore par exemple, les ressources
humaines sont considérées comme un coût et non comme un investissement. Cependant,
la majorité des grandes et moyennes entreprises étant d’origine étrangère et
les décisions stratégiques étant par conséquent souvent prises à l’étranger,
développer la responsabilité sociale des entreprises permettrait d’accroître
leur présence sociale et de les impliquer davantage dans la société du pays qui
les accueille. Ceci aurait également pour effet induit de permettre à la main
d’œuvre étrangère (immigrés, frontaliers) d’être plus intégrée à la vie sociale
de notre pays. Du point de
vue de l’entreprise, développer une image sociale pourrait lui permettre de se
différencier en tant qu’employeur et constituerait un instrument efficace de
fidélisation et de motivation du personnel. Un meilleur environnement de
travail se traduit en effet généralement par un engagement plus marqué et une
plus forte productivité des salariés. Enfin, en incitant le développement
d’initiatives sociales à l’intérieur de l’entreprise, il serait possible de
développer le réservoir de main d’œuvre par l’activation ou la réactivation de
certaines parties de la population (femmes, travailleurs âgés, handicapés,
personnes défavorisées…). Par cette
voie, il serait également possible de rééquilibrer un peu le « deuxième
marché de l’emploi » qui, par le biais d’associations fondées entre autres
par des syndicats et recevant des subventions de l’Etat et de l’Union
européenne, propose une main d’œuvre extrêmement bon marché notamment aux
collectivités locales et administrations. Cette situation s’est avérée être à
bien des égards malsaine car elle peut provoquer des cas de concurrence
déloyale vis-à-vis des entreprises et décharger les collectivités locales de
proposer de véritables postes. Un indice social J’ai retenu
essentiellement deux mesures dans l’arsenal des actions mises en place par le
gouvernement danois : l’indice social et les clauses sociales dans
les soumissions publiques. En effet, la création d’un « indice social »
paraît particulièrement intéressante et adaptée à la situation spécifique de
notre marché du travail. On pourrait ainsi favoriser le développement d’une
compétition saine entre les employeurs sur leur image et la qualité de la
gestion de leurs ressources humaines. Les entreprises et les DRH sont
généralement friands d’instruments de mesure de leur capital social. L’indice
social danois est un outil d’auto évaluation permettant de déterminer dans
quelle mesure une entreprise assume ses responsabilités sociales. Exprimé sous
la forme d’un chiffre de 0 à 100, cet indice indique aisément aux salariés et aux
parties prenantes externes d’une entreprise quel est le niveau de
responsabilité sociale de celle-ci. Aisément communicable, il pourrait
déboucher sur de véritables audits sociaux, une sorte de label social. La
création au Luxembourg d’un prix de la responsabilité sociale semblerait
être un développement logique à cette mesure. Mais je pense qu’elle serait pour
le moment prématurée et risquerait de se discréditer par manque de candidats au
départ. Cette mesure sera envisageable lorsque les entreprises luxembourgeoises
seront plus courageuses dans ce domaine. Etat socialement responsable ? Une autre
mesure particulièrement attrayante dans la politique danoise et relativement
simple à mettre en œuvre est celle des «clauses sociales ». Ces
clauses introduisent un certain nombre de critères de responsabilité sociale
que les entreprises qui souhaitent répondre à une soumission publique doivent
remplir. Au Luxembourg, l’Etat et les collectivités locales sont des acteurs
économiques importants. Malheureusement, lorsque les considérations politiques
ne sont pas en jeu, ils ne montrent guère de zèle pour intégrer des critères
sociaux dans leur politique d’achat et formulent des cahiers des charges
essentiellement axés sur les prix. Ces clauses sociales donneraient au secteur
privé un signal fort sur le changement d’approche du Gouvernement et ce qu’il
attend des entreprises. La
responsabilité sociale est la composante majeure du développement durable. Pour
un pays comme pour une entreprise. Une conférence du gouvernement sur le sujet,
visant les chefs d’entreprise et/ou les responsables Ressources Humaines et
axée sur des outils comme un indice social par exemple, aurait sans
doute beaucoup d’impact. Le Luxembourg ne restera pas à l’écart de ce débat. Françoise LAVABRE-BERTRAND Le livre vert de la Commission européenne est
disponible sur : http://europa.eu.int/comm/employment_social/soc-dial/csr/greenpaper.htm A consulter également, le site de la conférence
gouvernementale sur la responsabilité sociale des entreprises http://www.socialresponsibility.be/
Anna Diamantopoulou, commissaire européenne à l’emploi
et aux affaires sociales, propose d’établir un « rating social » des
entreprises.
|
|||||
©
Lombard Media
|