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Mutation de la fonction « personnel »

 

 

La mission du DRH

 

Albane Millot-Royer affiche, à 40 ans, un parcours professionnel riche et international qui lui a fait rencontrer beaucoup d’entreprises et découvrir de nombreuses cultures. Sa formation pluridisciplinaire (à la fois école de commerce, 3ème cycle de contrôle de gestion et DESS en ressources humaines) l’a conduite vers les métiers de l’exportation, de la formation et du conseil. Elle est aujourd’hui directrice des Ressources Humaines de l’hôtel Royal et ce, depuis 1998. Elle nous explique ici la vision de son métier de DRH et de ses enjeux pour l’avenir.

 

 

Le Jeudi :

 

Quelle définition donneriez-vous de la fonction de DRH ?

 

Albane Millot-Royer :

 

Le DRH est l’acteur « responsable de la responsabilisation » des autres acteurs de l’entreprise : la Direction générale, pour que celle-ci soit consciente de l’importance stratégique des ressources humaines ; les managers, pour qu’ils développent leur mission de coach par rapport à leur équipe et ne se concentrent pas sur la défense de leur territoire  propre plutôt que sur la résolution des vrais problèmes; et les individus enfin, hommes et femmes, pour qu’ils puissent assumer de manière équilibrée et performante leur fonction. Donc faire prendre conscience des enjeux de l’entreprise, des missions et devoirs de chacun dans l’organisation.

 

 

Le Jeudi :

 

La position du DRH n’est-elle pas parfois inconfortable entre, d’une part, les employés qui le voient souvent comme l’organe de la Direction et, d’autre part, une Direction qui ne lui donne pas toujours les moyens de mettre en place une réelle politique ?

 

Albane Millot-Royer :

 

Le DRH est avant tout la voix et la vision des employés. C’est dans ce sens qu’il doit être le partenaire de la Direction à 100%, sa conscience sociale, sa dimension humaine, sa stratégie de ressources pour mettre en place ses plans d’avenir. Sans hommes pas de progrès dans l’entreprise, pas d’avenir. Le développement du capital humain est primordial, l’erreur en Ressources Humaines peut coûter cher à l’entreprise, non seulement en termes financiers mais aussi et surtout en terme de développement futur. Le DRH doit donc faire partie du Comité de Direction pour orienter la politique de l’entreprise en tenant compte de la dimension humaine des projets mais aussi pour pouvoir intégrer la stratégie de l’entreprise dans la politique des Ressources Humaines.

 

Le Jeudi :

 

Quelles sont les qualités qu’il faut avoir pour être DRH ?

 

 

un manager d’ensemble

 

 

Albane Millot-Royer :

 

Il faut avant tout être profondément humain, aimer les gens, avoir la vocation. Sinon, vous ne serez jamais un bon DRH. Car le métier est difficile, prenant et parfois ingrat. Jusqu’il y a peu, on l’appelait « chef du personnel ». L’évolution du terme vers celui de responsable ou directeur des Ressources Humaines n’est pas qu’un effet de mode. Il s’est enrichi d’un véritable contenu. La fonction de chef du personnel comprenait une dimension essentiellement technique et administrative comme la paye, la sécurité sociale etc… Aujourd’hui la fonction inclut une dimension managériale (gestion des compétences, formation, motivation, communication …) mais aussi sociale (développement personnel, employabilité, bien-être au travail, santé, prévention …). Le DRH doit également avoir une formation et une expérience pluridisciplinaire pour pouvoir acquérir une vision globale et systémique de l’entreprise. C’est un manager d’ensemble, un homme (ou une femme) complet.

 

 

Le Jeudi :

 

Quels sont les problématiques nouvelles que les DRH rencontrent aujourd’hui ?

 

Albane Millot-Royer :

 

Les employés sont de plus en plus exigeants quant à la qualité de leur travail, les perspectives que l’entreprise peut leur offrir, la qualité de la communication, les objectifs de l’entreprise. Ils ont acquis une grande maturité professionnelle. Il est important de leur permettre de s’épanouir et d’axer la politique des ressources humaines dans le sens du développement personnel. Bien plus que le salaire, la politique de l’entreprise et sa capacité à mobiliser les individus autour d’un projet ou d’une culture, de leur donner envie d’avancer tout en privilégiant un réel équilibre entre vie professionnelle et vie privée, vont séduire et fidéliser le personnel. Le DRH doit aussi faire preuve de créativité. Dans le cas de l’absentéisme par exemple. Au Luxembourg, il n’y a pas de délai de carence pour le congé maladie, contrairement à ce qui se passe en France où le salarié malade ne sera pas rémunéré pendant les trois premiers jours, ce qui est un peu dissuasif. Le DRH peut donc décider d’introduire une prime d’assiduité pour récompenser les efforts réels de présence et rééquilibrer les éventuels abus du système.

 

 

Une remise en question permanente

 

 

Le Jeudi :

 

Face aux bouleversements que connaît notre société, les mutations du marché du travail, l’explosion des nouvelles technologies, la mondialisation etc.. quelle peut être l’action du DRH au Luxembourg ?

 

Albane Millot-Royer :

 

On y raisonne encore trop sur le salaire et c’est généralement là-dessus que se construit une politique de Ressources Humaines au Luxembourg. Le défi pour chaque DRH sera la gestion et l’accompagnement du changement dans l’entreprise. Car, face à la construction européenne et à la mondialisation, il y aura un rééquilibrage des forces : salaires, cultures, mentalités… La situation très privilégiée des salariés au Luxembourg va évoluer vers une autre forme, plus souple, peut-être différente des acquis actuels. Il faudra s’intéresser à ce que les gens sont et non à ce qu’ils gagnent. Il faudra se battre contre l’incompréhension et les armer pour évoluer dans une situation nouvelle, avec de nouveaux repères.

 

 

Le Jeudi :

 

Quel est le défi du DRH, sa mission la plus importante ?

 

Albane Millot-Royer :

 

Il doit construire sa fonction et la revaloriser en permanence. Sensibiliser sa Direction, les managers et les employés à l’importance des Ressources Humaines et se remettre en question sans hésiter à se former. Car les sciences humaines sont une science qui évolue continuellement. Le DRH est le premier à devoir faire sa « révolution culturelle » dans l’entreprise.

 

 

 

Françoise LAVABRE-BERTRAND

  © Lombard Media

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