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Croissance et développement de l’emploi bancaire « La période est
fortement recruteuse »
Emmanuel Rougier est DRH du Crédit Agricole Indosuez Luxembourg et de Fastnet (administration de fonds d’investissements) depuis janvier 1999. De formation juridique, il est depuis 12 ans dans le domaine des Ressources Humaines. Au cours de sa carrière dans le groupe Suez puis Crédit Agricole, il a été amené à mettre en place une politique RH au niveau du groupe, puis à gérer la carrière des cadres de la Banque Indosuez. Lors du rachat de celle-ci par le Crédit Agricole en 1997, il a travaillé sur la fusion des équipes. Le Jeudi : Des tensions apparaissent actuellement sur le marché de l’emploi au
Luxembourg. Quand avez-vous commencé à les ressentir ? Emmanuel Rougier : Nous avons procédé à 205 recrutements en 1999, dont 159 créations de
postes nets, ce qui confirme une forte augmentation déjà amorcée en 1998, par
rapport aux années précédentes. Il est vrai que la tendance est fortement
recruteuse et nous avons constaté surtout depuis septembre 99 de fortes
tensions, notamment au niveau local. L’emploi est en plein boom. L’intérim est
à cet égard un excellent indicateur : quand il devient difficile de
trouver des intérimaires, une pénurie de ressources s’annonce ! Mais
depuis fin 99 la nature des postes à pourvoir tend également à évoluer vers
davantage de profils commerciaux avec le fort développement de la banque privée
et des services financiers. Des compétences convoitées Le Jeudi : Cette pénurie se ressent plus particulièrement au niveau local. Vous
êtes donc amené à recruter de plus en plus à l’international ? Emmanuel Rougier : Quand on parle de niveau « local », il s’agit en fait de
Luxembourg et de la région frontalière. La part des recrutements provenant
d’ailleurs augmente régulièrement d’abord parce que l’internationalisation de
notre activité et de notre clientèle l’exige, mais aussi en raison de la
pénurie de certaines ressources qui ne se trouvent plus sur le marché local.
D’autant plus que la place financière luxembourgeoise ayant une excellente
réputation de compétence et de savoir-faire, les chasseurs de tête suisses et
monégasques viennent y piller comme dans un bois ! Le Jeudi : Quels sont les profils qui vous intéressent et où les trouvez-vous ? Emmanuel Rougier : Nous recherchons activement des profils multinationaux, c’est-à-dire
des personnes ayant grandi dans un milieu multiculturel, parlant plusieurs
langues et ayant vécu une expérience internationale, avec des formations de
type MBA. Ces profils ont l’avantage d’avoir une grande faculté d’adaptation à
des situations nouvelles, ils apprennent facilement et sont ouverts au
changement. Nous assurons une présence personnelle sur les campus d’écoles et
d’universités dont nous apprécions l’enseignement. Nous montons même des
partenariats avec certaines entités. Nous participons à de nombreux forums en
lien avec le Groupe Crédit Agricole. D’autre part, nous menons une politique
active de mobilité interne, en donnant toujours la priorité à nos ressources
internes avant de nous tourner vers le marché, que ce soit dans nos entités
luxembourgeoises Fastnet et Crédit Agricole Indosuez Luxembourg, ou à l’échelle
du groupe tout entier. Entre DRH, nous entretenons d’ailleurs d’excellentes
relations car la culture de notre groupe encourage fortement les profils de
qualité motivés à évoluer au niveau international. Enfin, nous
avons une politique de formation active et avons par exemple créé chez Fastnet
une formation en management sur mesure adaptée pour favoriser le développement
de nombreux jeunes chefs d’équipe exerçant très tôt des responsabilités
d’animation d’équipe. Une place
méconnue ? Le Jeudi : Le Luxembourg ne
souffre-t-il pas d’un certain déficit d’image auprès des meilleurs
profils ? Emmanuel Rougier : Sûrement pas
auprès de ceux qui connaissent le Luxembourg ! Pour les autres, et
notamment en France, il me semble que la place financière de Luxembourg n’est
pas toujours bien connue par les jeunes diplômés à la recherche de leur premier
emploi, et peut souffrir vis-à-vis de ces derniers d’une image parfois décalée
par rapport à son réel dynamisme, son ouverture, et son cosmopolitisme.
Peut-être pourrait-elle se vendre de manière plus institutionnelle vis-à-vis de
cette cible. S’il est vrai que Londres a beaucoup de prestige pour tout ce qui
est activités de marchés et attire facilement dans ce domaine, Luxembourg est
extrêmement bien positionnée par exemple dans les métiers de Banque Privée et
d’administration de fonds d’investissement ; cette spécificité devrait
pouvoir être mieux valorisée à l’égard des candidats potentiels. En revanche,
au sein de notre groupe, notre entité luxembourgeoise a une excellente image de
par sa croissance et son dynamisme, et attire les candidats qui veulent y faire
carrière, même si certains problèmes pratiques comme la scolarité des jeunes
enfants par exemple peuvent parfois compliquer ces mobilités. Le Jeudi : Que pourriez-vous
préconiser en matière de formation locale ? Emmanuel Rougier : Beaucoup de
Luxembourgeois pensent que le fait de ne pas avoir d’université au Luxembourg
est une chance car cela permet à beaucoup de jeunes de faire une expérience
enrichissante à l’étranger. Il pourrait en revanche s’avérer particulièrement
utile et bénéfique en termes d’image de développer des 3èmes cycles
spécialisés, en administration de fonds d’investissement, ingénierie financière
ou autre, et pourquoi pas, y associer les banques et établissements financiers
intéressés. L’université de Lyon II est un excellent exemple avec son DESS
« Back office » qui est maintenant particulièrement bien coté et dont
les étudiants reçoivent plusieurs propositions d’embauche avant la fin de leur
cursus. S’imaginer dans
une autre fonction Le Jeudi : Quels sont vos
arguments pour attirer et fidéliser les profils par ailleurs très
courtisés ? Emmanuel Rougier : Nous sommes
enclins à recruter des débutants d’un profil international et nous leur
proposons une carrière dans la banque ou chez Fastnet et pour ceux qui le
souhaitent, dans notre groupe. Celui-ci attache une extrême importance à la
formation, à la gestion de carrière et à l’évolution des employés afin qu’ils
puissent réaliser leur potentiel. Nous soutenons les gens qui viennent de
l’étranger de manière active pour faciliter leur insertion sociale. Mais surtout, nous
cherchons à développer avec nos employés une réflexion exploratoire sur leur
avenir professionnel, de manière régulière et confidentielle, à les aider à
connaître leurs compétences afin de développer toujours leur employabilité, et
à identifier des perspectives d’évolution en les conduisant à s’imaginer
« ailleurs », dans une autre fonction, faisant autre chose.
Possibilités de carrière, mobilité interne active et formation soutenue
constituent une réelle force de fidélisation. Françoise LAVABRE-BERTRAND
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